les minuscules

 

GIVE ME MORE !!!

 

Je suis en retard. Je monte quatre à quatre le petit escalier qui monte au fitness. Monsieur muscle sort de l’ascenseur et me tient la porte en s’inclinant légèrement pour inspecter la circonférence de mon grand fessier. Je lui lance mon regard le plus assassin et l’engueule pour l’ascenseur, il pourrait quand même faire un étage à pieds, lui qui passe des heures à s’entraîner en salle, mais non, l’électricité, la planète il n’en a rien à foutre, il n’y a que ses muscles qui l’intéressent !

Des années qu’elle mijotait cette colère, à chaque couillon qui prenait l’ascenceur pour un malheureux étage avant de se taper une heure de sport en salle. Monsieur muscle a pris pour tout le monde, mauvais endroit, mauvais moment.

 

Je me change, enfile mon costume de chasseuse de graisses et j’entre dans la salle de cours. J’ouvre la porte et je regrette immédiatement ce geste fou ; trois jeunes types athlétiques comparent déjà leurs exploits sportifs et je vois très nettement les abdos des quatre filles du premier rang. Je vais crever. J’aurais dû m’inscrire au yoga… J’ai envie de faire demi-tour, mais la prof d’aérobic arrive et m’entraîne dans son tourbillon. Cindy est américaine. Elle ressemble à une super héroîne dans son justaucorps violet que l’on croirait doublé d’une coque en plastique tant ses muscles s’y dessinent. Ses seins sont également tout droit sortis d’un comics, énormes, dirigés droit sur vous comme des obus. Elle saute sur le poduim et hurle de sa voix de travesti nicotinomane ARE YOU READY ? Non, mais tant pis, elle a déjà mis la musique. JUMP ! JUMP ! JUMP ! J’en peux plus et la grosse horloge me nargue, pas plus de dix minutes se sont écoulées…

Deux groupes se forment dans la salle, les malades mentaux, qui hurlent YE !, lorsque Cindy demande MORE ? et les autres, les gens normaux, proche du décès pour cause d’aérobic hystérique qui supplient que l’on leur laisse la vie sauve. Cindy s’approche de moi, me hurle, HIGHER, STRONGER ! GIVE ME MORE, MORE, MORE !!! Je perds quelques point d’audition et ma vue baisse sensiblement, éblouie que je suis par la blancheur surnaturelle de ses dents.

 

J’ai survécu, je ne sais plus comment je m’appelle, je me noie dans ma propre transpiration, mais j’ai survécu. J’expédie la douche rapidement et je me dirige vers la réception. Je veux rentrer à la maison, manger un bœuf. Cindy me rejoint, me demande mon nom, mon état civil, elle veut tout savoir. Elle me félicite pour mon premier cours et lorsque je lui tends ma carte de visite, je suis attendrie de la voir sortir de petites lunettes de lecture qui trahissent sa soixantaine botoxée. Elle s’extasie devant ma vie de bohème YOU’RE SO INSPIRING, DARLING! et ce n’est que lorsque la porte s’ouvre et qu’elle s’en va au pas de course que je réalise que je l’ai suivie dans l’ascenseur. Pour un étage. Et à la descente en plus…

 

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