les minuscules

 

Le guitariste

 

La musique glisse sur les cordes de sa guitare. Parfaite, puissante, érotique. Il la tient, la libère juste ce qu’il faut pour électriser la foule qui lui renvoie au centuple les vibrations qu’il a jetées dans la fosse. Du coin de l’œil gauche, il remarque les belles filles du premier rang. Elles hurlent, elles pleurent, elles tirent sur leur maigre t-shirt. Des groupies un peu timbrées qui viendront faire la fête dans la loge, après. Mais l’après n’existe pas encore, il n’y a que ce maintenant, cet instant magique où il joue, où il communie avec la musique, avec le public. Comme pour mieux admirer ce public, son public, il ouvre grand les yeux. Des yeux qui tombent sur moi. Bien en face de lui. Moi aussi, j’aime la musique et moi aussi, j’attends le tram bien après l’heure de pointe. Je lui fais un clin d’œil, il rougit. Il cache ses écouteurs dans la main qui grattait les cordes imaginaires, resserre le nœud de sa cravate et tripote son téléphone le plus sérieusement du monde. Le fantôme de Jimi Hendrix se recroqueville dans sa cachette, un costume trois-pièces.

 

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