les minuscules

<

harlem's blues
 
Il essaie de comprendre, mais ils parlent trop vite. Il se contente de hocher la tête. La cliente répète sa question, fait un geste en direction d’une petite valise bleue. Il devine, décadenasse la marchandise. Elle l’a prend, il va pouvoir renter dans le magasin, il a froid. Il a constamment froid depuis qu’il est arrivé. La chaleur humide et colorée lui manque atrocement. A l’intérieur, la patronne ne le regarde pas. Elle lui ordonne dans un anglais parfait de ressortir, elle ne parle leur dialecte qu’à la maison et uniquement pour le sommer de réparer quelque chose, de nettoyer la voiture ou d’aller faire les courses. Pas une parole de réconfort, elle ne lui a donné qu’un conseil : « Personne ne va t’aider ici, travaille et tu réussiras peut-être. Bienvenue en Amérique ». Alors, il travaille. Il lit les étiquettes, essaie d’apprendre quelques mots en les associant aux sons que produisent les clients en réclamant les produits. Le dimanche, il achète des livres pour enfants à un dollar aux marchés aux puces et y consacre la moindre minute de son temps libre.
La plupart des garçons de son village sont partis à la recherche d’une vie en  Europe. Mais lui, se souvenait trop sèchement du regard brûlant de mépris des Blancs du Hilton à qu’il amenait serviettes et fruits frais. Lui, c’est l’Amérique qu’il voulait. Le pays de Barack Obama, d’Oprah Winfrey, de Jay-Z, de Harlem. Mais ici aussi, il a trouvé cette haine viscérale, jusqu’au fond des yeux les plus noirs. Il n’est le frère de personne, il est autre, étranger. Il sent encore trop fort les douces épices africaines, la solitude, la pauvreté.
 
Il tremble de froid, refoule courageusement une grosse vague de désespoir et soudain, oublie tout pour rire de joie. Il neige sur Harlem.

 

>