les minuscules

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l'étincelle
 
Il est 7h20. Les passagers s’entassent déjà dans le tram qui cahote vers la gare. Un vernis bleu nuit, écaillé sur des ongles rongés, des cheveux un peu gras et mal coiffés – que sait-on de ses cheveux, de sa beauté à quinze ans ?
De ses petites mains, elle s'agrippe, s’accroche à une fille plus grande, plus solaire. Un fille qui se maquille d’un large trait d’eyeliner noir. Il a déjà un peu coulé, comme il se doit. Un bonnet informe tombe sur ses yeux bleus pétillants de malice et de légèreté.
Les deux gamines chuchotent, rient un peu. Elles se protègent des mouvements trop brusques du tram. Elles s’embrassent doucement. Au fond du compartiment, un sourcil se fronce, un peu outré, un peu curieux. Les portes s’ouvrent, il est temps de descendre. Leurs doigts s’entrelacent, elles partent à la conquête de leur journée.
 
Oui. Les Valaisans ont élu un type qui décore sa maison avec des drapeaux que seuls les néonazis trouvent décoratifs. Oui. Les femmes suisses gagnent 18,4% de moins en moyenne que leurs homologues masculins. Oui. Une nouvelle initiative anti-avortement a (encore) été lancée. Oui. L’asile ne se défait plus de son incessant durcissement. Oui.
 
Mais ce matin dans le tram, il y avait deux adolescentes amoureuses. Deux gosses suffisamment courageuses pour ne pas se cacher. Et je n’ai vu qu’un sourcil se froncer. Un seul. Tout n’est pas perdu pour Heidi.

 

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