les minuscules

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l'ami
 
22h
Ça commence avec une vodka caramel et un morceau de Queen. Ma robe rouge épouse tendrement mes courbes et les papillons brodés sur mes collants avantagent mes cuisses satinées. Je suis prête. Ce soir, je passe le cap, je reprends ma vie. Il me fait déjà danser, virevolter. Mes talons aiguilles glissent sous le canapé.
 
1h
Bras dessus, bras dessous, nous sortons. L’air frais me fait du bien. J’ai déjà trop bu, je le sais. Je commande un perrier dans la boîte surchauffée. Je me retourne, observe les fêtards. J’en connais plus de la moitié, un petit groupe s’avance déjà pour me saluer, me tripoter doucement. Une vague de tristesse remonte dans ma bouche. Je descends mon perrier d’une traite et me refugie dans un gin tonic pour fuir cette sensation dégueulasse. Je le cherche du regard, il discute avec une fille magnifique que je reconnais vaguement, une actrice/serveuse/étudiante en lettres. Il me regarde, penche un peu la tête sur le côté et plante la fille pour venir m’embrasser sur la joue. Je veux changer d’endroit, il n’y a personne ici. Personne d’intéressant.
 
3h
Je suis définitivement saoule. La musique est ignoble, mais grâce à mon ridicule taux d’alcoolémie, je danse. Des hommes s’approchent, il s’éloigne. Je le vois siroter un coca light avec une amie de l’Université. Le contact des corps et les basses surpuissantes me bercent. Je plane. Je descends aux toilettes, j’essaie de rafraîchir mon maquillage, plus rock que glam, et je cherche les préservatifs dans mon sac. Je ne les sors pas, me contente de caresser l’emballage d’aluminium. Je suis anxieuse, j’ai peu d’être trop maladroite. L’innocent concombre que j’ai recouvert hier d’un petit chapeau de latex ne risquait pas de souffrir ou de me transmettre une pénible maladie infectieuse. Je respire, me concentre pour ne pas tituber et je remonte dans la boîte. Je me dirige vers la piste lorsqu’une main m’agrippe. Pierre. Pierre me fait la bise, me présente sa nouvelle copine, me demande comment je vais, me dit qu’il est si content de me voir sortir, de me voir toute jolie. Je hais son ton condescendant. Il me rappelle que c’est lui qui m’a quittée, lui qui partait vivre de nouvelles expériences, lui qui a décidé que dix ans de lui et moi c’était suffisant. Et moi ? Moi, je n’arrive pas à ne plus l’aimer et mon expérience la plus excitante du mois a été le préservatif sur concombre. J’aimerais être spirituelle, légère, séduisante, mais je ne suis rien de tout ça et je sens mon visage se décomposer dangereusement. Il me sauve alors. Sans prendre la peine de saluer Pierre et sa grognasse, il m’entraîne sur la piste, me colle un smack sur la bouche et me tend une coupe de champagne.
 
5h
Mes collants sont filés, ma robe sent la vodka, mes yeux sont gonflés de larmes. Il me raccompagne, me déshabille, me nettoie le visage avec un linge humide et me couche avec un baiser sur le front.
 
12h
Il est venu avec de l’alka seltzer, des croissants et un très beau jeune homme. Je sors la confiture, le fromage, le beurre et met le couvert pour trois. Je lui prends la main sous la table et la presse doucement. Son nouvel amoureux me plaît beaucoup.

 

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