les minuscules

 

L’arrivée

 

El barrio, le quartier, somnole. La lumière frappe les couleurs vives des façades, fait briller les graffitis. Même la rouille s’embellit au soleil. Il fait chaud. Le mois de janvier à Buenos Aires. Les enfants sont en vacances, la circulation, la vie comme ralenties. Ceux qui ont un peu sont partis à la mer, les autres font la sieste et observent les trois petits Suisses derrière jalousies et rideaux. Solange, la kiosquière qui parle français nous salue, nous cajole déjà. Emilio, le cuistot qui pense parler italien nous serre dans ses bras et s’assure que nous aimons la carne. Le réparateur de bicyclettes fait semblant de trafiquer nos vélos, mais c’est bien nous qu’il jauge. Des filles de toutes les formes en mini-shorts moulants, des livreurs ressemblant à des dealers de séries américaines, des garagistes aux mains noires, des enfants alanguis par la chaleur, des mamans fatiguées, des hommes jeunes et vieux assis sur les trottoirs, tous les coins de tous les yeux nous suivent, nous frôlent. La Boca nous scrute. Je pensais arriver dans une métropole, une grande ville avec ses millions d’habitants. Mais non. La Boca, mi barrio, est un village. Un village pauvre dont je sens déjà les richesses pulser partout sur les murs et les visages.

 

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