les minuscules

l’ouvrier
 
Il avale les marches de l’escalier roulant quatre par quatre. Il est pressé, il ne lui reste qu’une demie heure de pause. Et puis il est mal à l’aise avec son bleu de travail et ses mains toutes tachées dans le centre commercial. D’habitude, il ne vient pas ici pendant le travail, il mange au restaurant de la zone industrielle avec les collègues. Les magasins, il y va le samedi, avec Anita. Il n’est jamais mal à l’aise avec Anita. Mais aujourd’hui, c’est seul qu’il se dirige vers la petite bijouterie à côté des cinémas. Il n’ose pas. Il tourne un peu, puis la fille de la boutique lui sourit, alors il se lance. J’aimerais un bijou, elle lui répond, ça tombe bien, on en vend. Ils rigolent, elle sort des plateaux avec des bagues, des colliers, des boucles d’oreilles. Il écarte les bagues, il n’y connaît pas grand-chose, mais il sait que c’est trop tôt. Il aime bien les boucles d’oreilles, mais la vendeuse marque un point lorsqu’elle lui demande s’il est sûr que les oreilles d’Anita sont percées. Non, il n’est pas sûr. Pas de boucles d’oreilles. Un collier plutôt. Anita aime ce qui brille et lui, il l’aime tout court, alors il s’arrête sur un petit cœur en strass. Il le soupèse, le regarde sous toutes les coutures. Il doute encore un peu, puis il se décide, aidé par les hochements de tête approbateurs de la fille du magasin. Il part en la remerciant. Il s’élance vers l’escalier roulant, toujours pressé. Dans sa main, un petit écrin qu’il caresse du pouce.

 

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