les minuscules

 

L'autre

 

Je suis quelque part au Moyen-Orient. Un soleil blanc, des sons râpeux et des mains qui parlent. Je lève les yeux et vois le Rhône défiler. Le bus traverse le pont, je tourne la page, replonge dans mon livre. Je ne veux pas en sortir, il me reste dix minutes, un petit chapitre. Mais quelque chose me projette ailleurs. Je suis soudainement loin de mon bouquin, loin du bus, loin d’aujourd’hui. Un homme s’est assis à côté de moi. Pourtant, il ne m’évoque rien. Il me faut quelques secondes pour comprendre cette violente sensation de déplacement. Il porte un parfum. Le parfum d’un autre. Un autre que j’ai croisé, ailleurs, il y a longtemps. Un autre qui, l’espace d’une rencontre, m’avait proposé une vie différente, merveilleuse et palpitante. Compteurs à zéro, on prend le moi et on recommence. Je souris au parfum. Je me souviens du bref fantasme, de l’excitation, du musc sensuel. Je ferme les yeux et je souris encore plus large, car je n’ai jamais regretté d’y avoir renoncé.

 

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