les minuscules

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la cliente
 
Le restaurant est plein à craquer, le brouhaha couvre les notes de jazz. Elle s’assied au bar, sa vodka olive arrive instantanément. Le barman la salue, confirme sa commande du jeudi soir – filet à point, épinards, pas de frites. Elle sirote son cocktail, ses diamants brillent dans la lumière tamisée du bar. Plusieurs hommes en costume viennent la saluer, deux avocats lui laissent une carte de visite, elle oublie instantanément lequel souhaite un conseil sur son portefeuille et lequel cherche à la recruter, elle. Aucune importance, elle a déjà le meilleur avocat de la ville et n’accepte plus les clients à moins de 25 millions de dollars de patrimoine.
Nœud papillon sur chemise noire ajustée, un serveur de vingt ans à peine transperce la foule et glisse victorieusement le steak encore fumant sur le bar. Elle arrose le tout d’un verre de cabernet. Elle mastique la viande parfaitement assaisonnée, repère la nouvelle étoile montante de Wall Street, lui fait un petit signe qu’il lui rend poliment. Elle résiste à l’appel du cheese-cake, se contente d’une autre vodka. Lorsqu’elle croque l’olive, un homme s’empare du tabouret à sa droite. Elle décide d’ignorer ce qu’elle devine instantanément et serre la main tendue dans sa direction. Il est beau, jeune, très élégant. Il boit du bourbon, sans glace. Elle commande une autre vodka. Il parle bien, il est charmant, presque drôle. Elle se laisse porter par sa voix douce et chaude, boit une dernière vodka.
 
Il dort encore lorsqu’elle dépose l’enveloppe pleine de billets sur la table de nuit. Elle laisse échapper quelques larmes de dégoût dans le taxi qui la conduit à son bureau avec vue sur Central Park.

 

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