les minuscules

 

la fondue

 

Un beau trait d’eyeliner noir. Elle n’ajoute aucun autre maquillage, paraître moderne et citadine, certes, mais pas dépravée. Elle se glisse dans son ensemble léopard noir et rose, lace ses baskets assorties et se rend dans le quartier le plus chic de Beijing. Elle n’est pas à l’aise. Les autres femmes sont mieux habillées, mieux apprêtées qu’elle. Elle se sent pauvre, inadaptée. Elle regrette d’avoir accepté cette rencontre arrangée. Sa mère a tellement insisté, lui rappelant sans cesse que venant du même village, ils s’entendraient bien, que leur mariage serait solide. Et qu’un prétendant moins fortuné ne mériterait pas sa beauté. Elle n’est pas persuadée d’être aussi belle qu’on le dit. Mais elle croit sa mère lorsqu’elle lui répète que son visage est sa meilleure chance de réussir. C’est dans un centre commercial où elle ne peut rien se permettre d’acheter, qu’il lui a donné rendez-vous. Elle ne reconnaît pas le petit garçon avec qui elle jouait au village. Il est grand, il a un peu de ventre. Il semble gêné, timide. S’il ne portait pas un jean et une montre de marque, elle ne l’aurait jamais pris pour l’homme le plus riche de son district. Il la fixe, ahuri, balbutie qu’elle est devenue une femme magnifique. Il l’emmène au dernier étage du centre, dans un restaurant de fondue, il commande du bœuf et du mouton. Elle se sent mieux. Elle craignait de ne savoir que faire dans un restaurant exotique avec des couverts américains et des mets étranges. Elle parle, il écoute, ils rient un peu. À la fin du repas, elle a décidé. Elle dira oui.

 

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