les minuscules

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la petite amie
 
Sa robe fleurie lui tombe à mi-mollets. Le tissu est un peu rêche, mais le vêtement ne la serre pas, rien ne gratte. Ses cheveux sont propres, légers. Sa peau a retrouvé son petit parfum d’orange. Elle s’amuse à se humer, sourit de ne plus retrouver son odeur, à lui, piégée dans ses pores, à elle. Une nuit sans lui. La première depuis quatre semaines, la première depuis qu’ils se sont rencontrés, là-bas, au bord de la mer. Il travaillait au bar, elle venait faire du wakeboard. Ils se sont reconnus, les deux petits Suisses, comme se sont empressés de les surnommer les habitués de la plage. Il lui a montré ses photos, celles qu’il prend et celles que l’on prend de lui, elle lui a parlé de ses études, de son étrange passion pour les micro-organismes. Ils ont ri. Ils ont rêvé. Elle écrirait des articles que les Universités du Pacifique s’arracheraient, il les illustrerait. Ils voyageraient ensemble, loin de cette Suisse, trop petite pour les rêves. Ils ont décidé que ce retour séparé l’un de l’autre – elle avait un vol direct – serait le dernier. Et ce soir, ils ont rendez-vous à Genève. Le vernissage d’un ami photographe pour qui il pose parfois. Elle accélère le pas. Il n’est pas là lorsqu’elle arrive. Elle entre seule dans la galerie, admire les clichés, très maîtrisés. Des angles, des grains de peau, des femmes.
Elle l’aperçoit enfin, il lui fait signe. Une, deux, puis dix jeunes filles se pressent contre lui. Elles le caressent. Leurs robes, leurs chemisiers en soie froufroutent, effleurent ses bras nus. De longues jambes, des seins fermes, des pommettes hautes. Quelques très beaux regards la frôlent, mais aucun ne s’arrête sur elle, elle n’existe pas. La main délicatement posée au creux de ses reins n’y fait rien. Pire que laide, elle est banale. Son estomac la brûle. Les larmes lui montent aux yeux. Elle tourne doucement la tête et voit leur reflet dans la vitre de la galerie. Il est vrai que l’amour rend aveugle. Il ne la voit pas s’en aller.

 

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