les minuscules

 

La circulation

 

Il se place toujours à la même intersection, au milieu de la route, juste avant le passage piéton. Sa chaise roulante grince, il se pousse de son unique pied. Les jours de chance, un ami du quartier lui donne une demie bouteille de Fernet cola, les autres jours, il grogne, sobre et irrité. Il arrête les voitures de sa main autoritaire, puis la tend à la fenêtre pour quelques pièces. Il fait passer les passants. Il nous gronde souvent. Allez, la fille, tu traverses maintenant ! Mais le feu pour les voitures à droite… Tu traverses, la fille, tu traverses ! Aux piétons, il ne tend jamais la main, sa règle d’or. C’est que les pauvres vont à pied, enfin, surtout s’ils en ont deux. Ses pièces, il ne les demande qu’à ces Messieurs Dames qui prennent la route en voiture. À Buenos Aires, on ne peut pas se fier aux feux, on ne peut pas se fier aux automobilistes, on ne peut pas fier aux passages piétons. Mais si lui vous dit de traverser, vous pouvez le faire les yeux fermés.

 

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