les minuscules

 

La danse

 

La nuit est tombée sur le parc. Les projecteurs se sont allumés. Des couleurs chaudes. Les mojitos circulent pour accompagner la musique latino. Les corps tournent et se frôlent sur la piste de danse. Des corps experts parfois, connaisseurs souvent. Des corps coulés dans des robes courtes et des costumes élégants. On vient danser ici parce qu’on sait, parce qu’on veut se montrer. Et on s’affiche, s’épate, on se vole les plus beaux, les plus doués des partenaires. Mais sur le côté, sur le béton du chemin qui mène à la piste, elle le guide. Doucement, lentement, elle montre les pas, l’emplacement des mains, le déhanché qui lui reste mystérieux. Il se concentre, il a déjà pris un nombre incalculable de cours, mais il n’est pas très doué. Qu’importe, elle repositionne les bras, indique le rythme, encore. Il lui marche sur le bout du pied. Peut-être saura-t-il un jour, mais jamais il ne pourra suivre et guider, comme il le devrait, les mouvements de cette habile compagne. Pourtant, elle ne regarde pas la piste une seule fois, jamais elle ne se détourne vers ces danseurs qui pourraient la faire virevolter. Elle n’a que faire de se montrer, la bienheureuse.

 

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