les minuscules

 

La jambe

 

On se pousse, se bouscule, on se trouve une place dans le train Zurich-Lugano-Milan. Vendredi soir, des Tessinois rentrent pour le weekend, des Zurichois s’échappent à la campagne, des Romands s’offrent une escapade en Italie. On respire, on part, tout le monde s’est assis. On se cherche un coin pour travailler, lire, dormir. Mais non. On ne fera rien de tout ça parce que LA maman, dans sa robe informe et confortable, sort un yoghourt à la vanille, des cartes d’éveil et se met à le chatouiller. Elle lui apprend trois langues en même temps, comme ça, l’air de rien, elle le stimule, le fait rire, le rassure. Le QI de son petit garçon enfle à vue d’œil. Elle ne s’interrompt pas une seconde, la maman totale, la maman parfaite. Elle semble capable de tout lui apprendre sauf à ne pas parler aussi fort qu’un dj branché un lendemain de soirée à Ibiza. La voix de l’enfant ricoche dans des centaines d’oreilles, on augmente le volume de son smartphone, on souffle, on se crispe. Mes yeux roulent sur elle, cette maman si dévouée qu’elle en oublie le reste du monde, qu’elle s’en oublie elle-même. Puis elle croise les jambes et j’aperçois le petit nœud d’un porte-jarretelle.

 

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