les minuscules

 

La polka

 

Il fait chaud dans la petite salle des mariages. Et le marié s’agite comme s’il devait réchauffer la banquise. Accueillir, sourire, embrasser, serrer des mains. Sa nervosité reste bien à sa place, dans son costume bleu. Il sait qu’elle va venir. Le rire de Stéphanie a déjà résonné dans la salle adjacente. Son rire la précède toujours, Stéphanie. On se lève. Du bleu, de la soie japonaise. L’arrière-grand-mère et la grand-mère en boutonnière, le grand-père au poignet. Les anges n’auraient raté l’événement pour rien au monde. On lit le Code civil, le pasteur tente de maintenir sa joie en quelques mots, ils disent oui, se passent les alliances et signent le registre. On applaudit, on tamponne les yeux mouillés. Ils sont mariés. Pourtant, le mariage, le vrai, c’est dans le parc qu’il aura lieu. Sur l’herbe, on boira, sur l’herbe, on chantera, sur l’herbe, on sentira leur soleil. Un soleil doux qui bercera le poivrot qui roupille, un soleil facétieux qui fera rire les enfants, un soleil tendre qui laissera le violon chanter. Sur l’herbe, la folle polka de Stéphanie et Réda dansera ses premières mesures.

 

<

<