les minuscules

 

La soirée des auteurs

 

Le public s’en va. La grande foire aux livres s’éteint, paresseuse. Dans la villa, l’auteur se presse, se frotte, tout mouillé de champagne. Une poignée de grands écrivains, une grappe de bons, une majorité d’acceptables et une rassurante couche de médiocres qui tapisse le fond. Comme à la convention des boulangers, des médecins ou des dessinateurs sur soie. Quelques stars ont esquivé, remplacées par les éternels et joyeux pique-assiettes. D’abord, on se tient, on parle, un peu, de littérature. Puis, les bouteilles se vident, la musique s’invite. Sur la piste, des danseurs se révèlent, légers, chaotiques ou magnifiques. Des synergies se trouvent ou se manquent, des regards complices, jaloux, érotiques s’échangent. Comme toujours à cette heure de la nuit, on se caresse, on se rejette, on se trompe. Mais ici, quelque chose est un peu autre. Ici, des mots s’étalent sur les murs, sur les corps. Des mots tombent des verres, sur le sol. Des grands, des bons. Des acceptables, des médiocres. Mais partout, partout, des mots.

 

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