les minuscules

 

La souris

 

Elle rentre ses mains dans sa grosse jaquette. Il fait bon, mais elle couvre toujours son petit corps. Elle ne s’est pas maquillée, elle dit que c’est contre ses convictions. Il faut se trouver suffisamment jolie pour chercher à s’embellir. Elle ramène ses cheveux derrière ses oreilles et elle l’admire. Il est là, sous la lumière du projecteur. Il chante, nous fait part de ses convictions et de notre petitesse à ne pas nous y conformer. Elle ne comprend pas tout et ne met jamais en doute la cohérence du propos, c’est forcément à elle que quelque chose échappe. Elle ferme les yeux. Elle ne veut pas voir toutes ces jolies filles qui hochent la tête et applaudissent, là, au premier rang. Elle ne veut pas voir son regard à lui qui court sur les cheveux longs, les cils allongés de mascara et les décolletés rehaussés au wonderbra. Il fait un clin d’œil à une très jolie blonde. À mort le capitalisme et vive la décoloration. Elle a mal. Elle se raisonne, elle ne le mérite pas. Il ne la voit même pas et c’est bien normal. Elle n’est pas assez bien pour lui. Elle se trompe, il l’a vue. Elle est tout ce dont il a besoin. Une admiratrice, une ombre qui le réchauffera sans lui voler la moindre parcelle de lumière.

 

 

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