les minuscules

 

La table

 

Le serveur s’empresse, il m’a choisi la plus jolie table du restaurant, au calme près de la fenêtre et de la belle lumière de Buenos Aires. Je demande une coupe de champagne. Il sourit. Bien sûr, j’ai déjà mangé seule au restaurant, lors de voyage, de déplacements professionnels, mais aujourd’hui, j’ai décidé que ce serait différent. J’ai choisi de m’offrir ce repas, je veux le savourer, me fêter. Il me parle du livre que je lis, de ses goûts en littérature et m’apporte un énorme et succulent bife de lomo que j’arrose d’un verre de vino tinto. De la salle, on m’observe. Regards concupiscents d’une tablée d’hommes, une femme seule, la machine à fantasmes démarre. Un regard de pitié d’une jeune mère de famille, forcément une pauvre fille, toute seule. Un regard de franche hostilité d’une amoureuse inquiète, son homme pourrait me trouver désirable. Et puis, au milieu d’une table familiale, une grand-mère. Un regard doux, un regard bienveillant, complice. Et un clin d’œil. Elle, elle sait.

 

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