les minuscules

 

La cuillère

 

Il pleut. San Telmo ressemble soudain à un quartier européen avec ses pavés, ses boutiques d’antiquités et de petits designers. Je me faufile dans un café où règnent les touristes et les bobos. Je demande un gâteau et on me sert un gigantesque brownie nappé de crème. Pavés européens, desserts américains. Je plonge dans un livre, prends quelques notes en grignotant mon monstrueux dessert. Et il est là. Il me propose de vieux stylos pour quelques pesos. Il est si petit que personne ne l’a vu et il est si beau que personne n’aurait pensé à le chasser. Le garçonnet aux stylos me raconte une histoire que je ne comprends pas, mais que je devine. Je lui propose du gâteau. Non, il ne veut pas prendre ma fourchette. Alors je lui tends la cuillère de mon café. Je ne prends pas de sucre, elle est propre. Il hésite encore un peu. Je lui promets qu’elle est bien propre. Ses petites mains ont décidé pour lui. Et il attaque la crème. Il n’y a plus de pluie, plus aucun nuage. Un garçon de cinq ans, un garçon qui vend des stylos aux touristes, un garçon dont les dents de bébés sont gâtées, ce garçon, ce garçon a souri. Et le soleil a rebondi partout sur les murs, les tables et les pavés.

 

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