les minuscules

 

La lisière

 

Samedi soir, printemps à Genève. La soirée est douce. Ils sont des dizaines devant un bar à la mode. Dehors, ils profitent d’une chaleur timide, assis sur un muret ou à même le sol. Ils boivent, parlent, rient. Ils sont jeunes et beaux. Bien habillés, bien parfumés. Envolées capillaires, chemises en soie, lunettes rondes et vélos bien cadenassés. Les hipsters trinquent à l’été qui arrive. Ils ne le remarquent pas, ne le voient même pas. Il s’est assis juste en contrebas, à un mètre d’eux. Il boit une bière, une bière qu’il n’a pas achetée au bar. Son chien dort et lui lutte contre le sommeil. Il vient de prendre quelque chose. Quelque chose de très fort. Quelque chose pour oublier qu’il existe. Mais maintenant, il ne veut plus oublier, pas tout, pas tout de suite. Il voudrait encore profiter de cet air tendre, de ces autres jeunes qui sont si élégants assis par terre, de cette sensation de faire partie de quelque chose. À la faveur de la nuit et de l’alcool, il leur ressemble, il se fond parmi eux. Il aimerait rester éveillé pour y croire encore un peu.

 

 

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