les minuscules

 

La main

 

Le train n’attend pas. Je ne dois pas arriver en retard, j’accélère le pas. Je trépigne au feu rouge. Je sens une présence, de grands yeux bleus m’appellent. S’il vous plaît, pourriez-vous m’aider à traverser ? Du fard trop prononcé, des cheveux blonds, mousseux, et un rouge à lèvres framboise sur un visage ridé qui a peut-être été beau. Une vieille folle. Je râle en silence, mais tout de même, je m’approche pour faire mon devoir. Vous comprenez, j’ai des vertiges, terribles. Le feu reste rouge, j’aurais déjà traversé quatre fois, impatience. C’est vraiment gentil, je n’y arriverai pas toute seule. Si vous êtes malade, je peux appeler une ambulance ou quelqu’un. Se débarrasser sans mauvaise conscience. Non, non, ça va aller, c’est cette angoisse, c’est tout. Ne vous inquiétez pas, on va faire ça ensemble, quand ce sera vert. Oui, merci, c’est ça quand on rajeunit chaque jour, dit-elle en me faisant un clin d’œil. Je vois enfin la beauté sur son visage. Elle s’appuie sur moi. Oh, mais ce serait mieux de me donner votre main, je ne voudrais pas arracher vos si jolis cheveux. Oui, la main c’est mieux, la main c’est chaud, c’est doux, c’est tremblant. La main, ça donne des claques aux filles trop pressées.

 

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