les minuscules

 

La personne

 

Le train s’arrête dans une petite gare. Les portes ne s’ouvrent pas. Une voix nous informe, suite à un accident de personne, un retard indéterminé… Bruissement de mécontentement, d’impatience. Les expats américains continuent à débattre du prix et de la qualité des restaurants de la Côte, habitués qu’ils sont à sagement patienter dans leur immense pays. Les pendulaires locaux dégainent leur smartphone, préviennent immédiatement de ce retard gênant. Les discussions sont résignées davantage qu’irritées. On attend. Les minutes s’allongent, l’heure passe, on ouvre les portes, on sort fumer, on en profite pour travailler sur son laptop, pour grignoter. Les contrôleurs passent et repassent, s’excusent. On ne sait pas combien de temps ça va encore durer, il faut, vous comprenez, il faut… tout… nettoyer. Le train repart finalement, après près de deux heures d’attente. Les passagers se sont bien tenus, pas d’agressivité, de méchantes plaintes. Mais de ce quelqu’un qui s’est jeté, de ce noir si profond, de la personne de l’accident de personne, pas un mot.

 

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