les minuscules

 

La séduction

 

Entre les sièges du train, les sacs, les bâtons et les skis s’amoncellent. Cinq adolescents rient, s’excitent de cette semaine entre soi à la montagne, la première sans doute. Ils sortent les sandwiches, les litres de thé froid, les iPhone. Elle s’assied sur l’accoudoir. Toutes les têtes, tous les corps sont tournés vers elle. Le quadra qui me fait face ne réalise même pas qu’il s’est approché d’elle, de sa jeunesse, de sa beauté. Les garçons du groupe tentent de la faire rire, les filles l’entourent de leur admiration jalouse. Ils parlent du collège. L’allemand ne lui réussit pas, ni aucune autre matière d’ailleurs. Elle n’en est que plus adorable. Elle rayonne sur le wagon, comme elle rayonnera sur les journées de ski et les soirées chalet qui s’annoncent. Elle se délecte de son nouveau pouvoir, elle apprend à jouer avec comme un chat avec une souris. Elle ne sait pas. Elle ne sait pas encore les « ma jolie, c’est trop compliqué pour toi», les « tu es trop charmante pour t’énerver », les « faites-moi un café, ma petite ». Elle ne sait pas les hommes qui la mépriseront d’avoir cédé à leurs avances et ceux qui la haïront d’y résister. Elle ne sait pas encore qu’elle sera réduite à ce charme et à cette beauté dont elle illumine le train qui l’emmène au ski. Elle apprendra vite.

 

 

 

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