les minuscules

 

La solitude

 

J’aime le voyage. Et j’aime être seule en voyage. On se sent fort lorsque l’on est seul au loin. On touche du doigt la liberté d’être soi et d’être autre. Mais il y a toujours cette soirée qui arrive. Ce repas, ce verre, tristes, presque honteux parce que non partagés. La liberté se transforme en non-amour, en abandon. Le vertige de la disparition se réveille à l’heure de l’apéritif. Qui êtes-vous si personne ne vous connaît ? Ce soir encore, même si je ne suis qu’à cinq heures de train de chez moi, même si je connais déjà les lieux, même si je serai très prochainement fort bien accompagnée, ce spleen du voyageur solitaire se rappelle à moi. Je le trouve un peu ridicule – je suis partie bien plus loin et bien plus seule par le passé. Je veux résister. Non, je ne me coucherai pas sans manger. Je vais me remettre du rouge à lèvres, me trouver une jolie terrasse et assumer. Alors je cherche, je regarde les tables partout sur la piazza d’Ascona. Je vois un homme qui caresse le dos d’une femme qui l’ignore, je vois de vieux messieurs accompagnés de jeunes filles au sourire professionnel, je vois des bouteilles vidées en silence. Je m’assieds, je bois un verre de Merlot, je grignote une pizza, je trie ma monnaie pour m’offrir une glace à la fior di latte. Un homme me dit que je suis belle et je le crois.

 

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