les minuscules

 

le businessman

 

Il sirote sa bière en admirant la vue. Yulong Xue Shan, la montagne enneigée du dragon de jade, un sommet à près de 5600 mètres d’altitude que les nuages s’obstinent à lui dissimuler. La fille grignote des gâteaux à l’occidental en buvant un Perrier. Toujours choisir ce qu’il y a de plus chers pour les femmes. Jia n’est plus toute jeune, elle devrait bientôt obtenir son diplôme des Beaux-arts, mention excellent, il n’en doute pas. Elle doit avoir quelque chose comme vingt-trois ans, quarante ans de moins que lui. Elle est mignonne, sans être belle. Il entretient deux autres filles pour la beauté. Lorsqu’il faut éblouir, il sort Li Mei, sa peau de lait, ses longs cils noirs et son sourire timide qui laisse à peine deviner les perles de sa bouche. Lorsqu’il faut surprendre, c’est Ju qui l’accompagne. Interminables jambes, vêtements extravagants et cheveux très courts, une fille moderne. Dix-huit ans. Mais pour quelques jours de détente, c’est toujours Jia qu’il prend avec lui. Elle est intelligente, le fait rire. Ils peuvent parler de calligraphie et elle l’a même initié à l’art moderne américain. Il n’est pas naïf. Il est trop intelligent pour croire que ses jeunes maîtresses pourraient tomber amoureuses de lui. Il rit toujours de voir des hommes qui tiennent la Chine dans le creux de leurs mains se laisser berner par une étudiante plus jolie et plus maligne que les autres.

Une femme blonde s’assied sur la terrasse. Il aime ce qu’il voit. Jia trépigne sur sa chaise. Il la rassure en lui tapotant la main. Il ne veut pas d’une maîtresse américaine. Elles sont jalouses et trop vulgaires. Elles exigent crûment leur argent. Alors que Jia, Li Mei et Ju attendent sagement leurs cadeaux.

 

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