les minuscules

le costume
 
Il respire, il ferme les yeux. Il ouvre le bouton de sa veste. Il se sent bien dans ce costume enfin à sa taille. Il a fallu économiser, puis attendre des semaines pour l’avoir, ce complet sur mesure. Trop petit et trop large d’épaule, rien ne lui allait. Ses gènes sud-américains dominaient la cravate, la chemise blanche et le pli du pantalon. Comme s’il n’avait pas déjà suffisamment à faire avec la peau mate que révélait la photo de son CV. Il préfère annoncer la couleur de suite, afin de ne pas avoir à subir de pénibles entretiens où planent les sous-entendus. Du coup, il n’en a pas obtenu beaucoup, des entretiens. Mais ses beaux diplômes, sa maîtrise des langues et ses bonnes recommandations ont fini par l’emporter. Ce n’est pas encore le job de ses rêves, mais il est patient et sait déjà qui il faut séduire et sur quels dossiers il convient de travailler particulièrement bien afin de progresser le long de l’organigramme. Il y arrivera. Il est prêt à tout pour réussir. Enfin, presque tout. Son costume parfaitement taillé le fait enfin ressembler à un véritable homme d’affaires, mais il n’a pas renoncé à ses converses. Plusieurs fois déjà, les RH l’ont averti, menacé même, pas de baskets au bureau. Travailler plus de douze heures par jour, se faire crier dessus sans raison, répondre à ses email le dimanche à tout heure du jour ou de la nuit, aucun problème. Mais se prendre suffisamment au sérieux pour avoir mal aux pieds, certainement pas.

 

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