les minuscules

le départ
 
Gênes s’est parée de soleil pour me dire au revoir, comme une amante éconduite qui tient à laisser un souvenir éblouissant de sa beauté. Je descends dans Centro Storico, me perds dans ses petites rues sinueuses, salue le port qui accueille trois énormes bateaux de croisières et les milliers de touristes qui animent la ville cet après-midi. Je me graisse les doigts de focaccia, déguste un verre de vin blanc de pays en écoutant les manifestants et la fanfare destinée aux voyageurs. Gênes ne se ressemble pas vraiment sous ce grand soleil et toute cette agitation. La Gênes que j’ai connue est réservée, nostalgique, presque triste de sa grandeur perdue, de ses palais délabrés, de ses enfants partis ailleurs chercher une vie meilleure. Peu importe, le vernis brille, mais ne parvient pas à dissimuler les craquelures, l’âme. Je salue la piazza De Ferrari une dernière fois avant de repartir vers la ville nouvelle, dont seuls les grands boulevards semblent nouveaux. Affumicato, pasta, pesto achetés au Marccheto orientale. Je contemple tous ces étals fabuleux et regrette les délices que je n’ai pas goûtés. Cioccalata calda et caffè lungo dans ma pâtisserie préférée. Les bonnes habitudes se prennent vite. Il est temps de rentrer. Une dernière fois le chemin. L’atelier. Démonter l’écran, les enceintes, l’ordinateur sur lequel j’ai achevé mon quatrième roman. Il faut tout caser dans la valise et partir. Le train, l’Italie, encore un peu. Mais déjà, Gênes s’est transformée en souvenir.
 

 

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Avec le soutien de la Ville de Genève