les minuscules

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le fan
 
Il repassse son meilleur pantalon, celui qu’il a mis à l’enterrement de Momo et aux nonante ans de maman. Il n’a pas de chemise, qu’un polo gris qui jure un peu avec le beige du pantalon. Il ferme sa ceinture en simili cuir au dernier cran. Il se regarde, il est content, il n’y a pas de plis. Cependant, il regrette un instant que le pantalon ne soit pas légèrement plus long, trois centimètres de ses chaussettes blanches dépassent et il sait que ce n’est pas bien. Il se console, elles sont propres ses chaussettes. Il enfile ses mocassins marrons, zippe son imperméable noir, celui qui le serre un peu au niveau du ventre. Il aura froid, mais tant pis, il ne veut pas mettre sa vieille doudoune toute tâchée.
Il contrôle une dernière fois le contenu de son petit porte-monnaie : sa carte AVS et deux billets flambants neufs. Il ferme soigneusement la porte à clé, se dirige vers l’arrêt de tram, monte, trépigne d’impatience. Enfin, il arrive. Il a immédiatement envie de courir dans l’escalier roulant, il se contente de tapoter la rampe. L’éternelle odeur de pop-corn lui chatouille les narines, il essaie de ne pas y penser, ces deux billets flambants neufs n’y suffiront pas. Il s’avance dans la file d’attente, il n’y a que vingt personnes, il est soulagé. La dernière fois qu’il est venu, ils étaient des dizaines et dizaines. Les jeunes hommes en smoking sirotant leur champagne l’avaient tellement intimidé qu’il était reparti, convaincu qu’il n’était pas à sa place. Mais aujourd’hui, tout est différent. Aujourd’hui, il n’y a que des grand-mères et des adolescents qui sèchent les cours dans la file d’attente. Il atteint sans problème le guichet. Il doit répéter plusieurs fois le titre du film, le garçon derrière la caisse finit par deviner. Il sort les deux billets flambants neufs, reprend sa petite monnaie et s’en va, les yeux brillants et carressant son ticket.
 
*
 
Je n’irai pas voir James Bond, cette ridicule Barbie princesse pour garçons, mais après avoir entraperçu son plus grand fan, OO7 m’est presque devenu sympatique.
 
 
 

 

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