les minuscules

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le marié
 
Qu’est-ce qu’elle fout, bordel de merde !!! Ils me fixent tous, j’ai l’impression d’être à poil, recouvert des pieds à la tête d’une belle couche de sueur ! C’est l’horreur, je vais me liquéfier et il ne restera plus qu’une flaque puante dans mon costume sur mesure. Tous ces yeux bridés braqués sur moi, ça fout les jetons ! Pourquoi on les a pas mélangés ! C’est n’importe quoi, à gauche les asiat et à droite les Jurassiens ? On dirait une mauvaise comédie américaine ! Est-ce qu’ils savent quelque chose ? Elle annule tout ? Elle me quitte, c’est ça? Faut que je me calme… Mais putain, qu’est-ce qui m’a pris d’acheter cette satanée bague ?! Et pourquoi j’ai dit oui, bien sûr chérie, on va faire un grand mariage avec la famille, le moine et tout le toutim ? Moi, je voulais juste être son mari et qu’elle soit ma femme, c’est tout ! Tout ces chichis, ça m’étouffe, ce n’est pas moi ! Comme cette cravate, c’est quoi cette cravate de merde, je peux plus respirer ! Et son frère qui ne me lâche pas d’une semelle depuis hier soir, comme si j’allais me barrer en courant… Il a jamais pu me blairer de toute manière, ce con-là ! Mais j’y pense, et si je me barrais pour de vrai ? J’irais la chercher à l’hôtel et on s’enfuirait, on les planterait tous, on se marierait en secret et on irait se gaver de pizza… Mes pieds restent collés au sol, à croire que le frangin a badigeonné mes semelles de superglu… Il est trop tard, il y a du mouvement, beau-papa s’agite… la musique… elle va arriver. Je vais faire une crise cardiaque, dégueuler sur sa robe ou péter comme un énorme porc ! Dès qu’elle me verra, elle va me planter là, partir en courant et me laisser tout seul !
Elle me sourit. J’ai de la peine à quitter son visage des yeux lorsque son père m’embrasse. Elle est si parfaite ! Je sens des petites larmes me piquer les yeux. Je n’entends plus rien, je ne vois plus rien. Il n’y a plus qu’elle.

 

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