les minuscules

le passager clandestin
 
Il s’accroche à la barre du tram. Il tremble un peu. Il reste le plus près possible de la porte automatique. Il laisse passer le flot des premiers passagers du matin en fixant ses grosses chaussures qui ressemblent à des pantoufles à force d’avoir été portées. Elles sont rouges, bien sûr. Il ne sent pas très bon, douche rare, lit de fortune, mais aucune effluve d’alcool ou de cigarette. Innocent. Sa grande barbe blanche garde les traces d’un tout petit-déjeuner, ses dents sont grisâtres. Il y a quelques taches sur son pull élimé. Il nage dans des vêtements défraîchis, des frusques glissant sur tous les tons de rouge et de rose. Il est vraiment petit, pas plus d’un mètre cinquante. Il est timide, il est pauvre et un peu fou.
Personne ne fait attention à lui. Son odeur ne dérange pas encore, son étrangeté ne choque pas encore. Le tram est clairsemé de passagers endormis de si bon matin. Mais, moi, je le vois. Chaque matin, je le vois ce petit vieux légèrement bedonnant qui se chuchote des histoires. Aujourd’hui, je lui souris, il rosit comme un enfant. Il est beau comme un enfant.
C’est décidé, demain je prépare ma liste ; et dire qu’il m’aura fallu trente ans pour croire au Père Noël

 

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