les minuscules

le patron du bar
 
Il avait de grandes ambitions pour ce bar. Il se voyait régner sur les petits déjeuners, les cafés du matin, les paninis sur le pouce, les cafés de l’après-midi, les apéros et les débuts de soirées endiablées. Puis, rien. Rien de tout cela n’est arrivé. Deux, trois copains venaient de temps à autre boire une bière, parfois deux ouvriers, c’est tout. Le quartier, la rue a déjà ses habitudes dans d’autres bistrots. Il s’ennuyait, fixait les clips sur le grand écran plat, puis refaisait les comptes, tournait l’angoisse dans sa tête. Alors, sans y penser vraiment, il est passé à la bibliothèque municipale. Il a fait sa carte de lecteur. Il a fureté dans les couloirs. Il a demandé conseil à la bibliothécaire et il est reparti avec un livre. Il est revenu le lendemain, puis le surlendemain. Rendre, emprunter, rendre, emprunter. Toujours plus de livres.
Il a changé les horaires de service. Il s’est arrangé avec son employée, c’est elle qui travaille en fin de journée, lorsque les copains et les quelques clients arrivent. Lui, il lit des livres, à la maison et derrière le comptoir. On l’avait pourtant prévenu, il faut se surveiller lorsqu’on ouvre un bar. Il s’était bien donné une discipline stricte pour les verres de bière. Mais il n’avait jamais pensé au pouvoir des livres

 

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