les minuscules

le porto
 
John et Jacqueline. Leurs deux noms sont écrits avec des falbalas sur du faux vieux papier, très chic, trop à son goût. Il n’aime pas cette habitude de vous donner une place dans les mariages. Sa place à lui, elle est toujours merdique. Ils ne sont que quatre à la table, eux deux, une vieille tante sénile et un type complètement inconnu de ce côté-ci de la famille. L’inconnu ne se pointe pas, mais la vieille folle est bien là. Jacqueline se dévoue immédiatement pour s’en occuper. Jacqueline elle s’occupe toujours quand on la laisse s’occuper. La faute à ce petit moufflet qu’elle voulait tant et qu’est jamais venu. John mange le rôti et le gratin, trop cuit, pas mauvais. Il regarde sa femme, essaie de se rappeler à quoi elle ressemblait lorsqu’il l’aimait. Il demande une autre bouteille, elle arrive déjà débouchée. Le vin est bon, mais il préfèrerait du porto. Les gens s’animent autour de lui, la musique couvre les conversations. Il demande une autre bouteille, un autre vin, deuxième choix, il est bon, mais il préfèrerait son porto. Il regarde une fillette danser, essaie de croiser le regard pétillant de sa jolie maman. Personne ne l’invite à danser. Personne ne lui parle. Personne ne le regarde. Personne ne le touche. Il boit, seul.
Il n’aurait pas dû venir, à la maison, il boirait du porto.

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