les minuscules

 

le résistant

 

La rizière. Ses parcelles sont les plus harmonieuses, les mieux entretenues. Tout doit être beau, c’est un principe. On ne peut pas se marier avec la plus habile brodeuse de la communauté et ne pas se soucier de la beauté. Toutes les femmes admirent et jalousent le savoir-faire de son épouse. Il en est très fier et s’inspire d’elle pour son travail d’homme. Mais il n’était pas content lorsqu’elle a confectionné le porte-bébé du petit-fils. C’est à la belle-fille de faire son propre porte-bébé. Il est sorti de la maison lorsque sa femme lui a expliqué que la belle-fille n’avait pas eu le temps avec son travail pour les touristes de la ville. Le fils vient l’aider dans la rizière lorsqu’il faut des bras, mais il ne saurait plus faire seul. Lui non plus, il n’a pas le temps avec le travail de l’argent. Au début, il était fier du talent du fils pour les bijoux, lui aussi a toujours su y faire avec l’argent, et puis, c’est une chose qu’ils font, eux, les Miao* . Ce n’est que plus tard qu’il a compris qu’il ne ferait plus que ça, le fils, vendre ses bijoux aux gens de la ville. Il refuse cette vie, ces changements. La source de leur existence, c’est la rizière. Alors il s’y isole. Il ne va plus au grand village où les touristes se déguisent en Miao et chantent au karaoké, il ne participe plus aux fêtes, interdit à sa femme de se faire prendre en photo dans ses vêtements brodés. Il résiste. Seul, dans sa rizière.

 

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*Ethnie vivant dans la province chinoise du Guizou, mais aussi au Laos et au Vietnam. Les costumes de fête des femmes et leurs bijoux en argent (les Miao croient que l’argent repousse les mauvais esprits) sont tout simplement époustouflants.