les minuscules

 

Le secret

 

Je l’entends. Les parois ne descendent pas jusqu’au sol, elles laissent passer tous les bruits. Toilettes indiscrètes. Une femme vomit. Une fois, elle tire la chasse. Deux fois, elle tire la chasse. Trois fois, elle tire la chasse. Une minute, peut-être deux se sont écoulées. Pas de râle, pas de réponse à mon « vous avez besoin d’aide ? ». Un rituel. Une cérémonie. Elle a sorti le mal, s’est nettoyée, lavée de son repas. Rester pure, rester mince. Jusqu’à la prochaine fois, jusqu’au vide rempli à ras bord et vidé de deux doigts dans la gorge. Lorsque je sors de ma cabine, je ne vois que la porte qui se referme. Elle s’est dépêchée, elle ne voulait surtout pas que je la voie, moi, qui sait. Je lave mes mains, longtemps, les essuie. Je débouche dans le restaurant. Une dizaine de femmes élégantes, souriantes. Dîner d’affaires, rendez-vous amoureux, soirée entre copines. Impossible de deviner quel visage, quels talons aiguilles, quel décolleté cachent le vide. 

 

 

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