les minuscules

 

Le bouffon

 

Personne ne l’empêche de s’approcher de la scène, de grimper pour être vu de tous – aucune star ne joue à la fête de la musique, la sécurité n’est que symbolique. Personne ne l’empêche d’arracher sa chemise, de se gribouiller le torse avant de fumer son stylo. La petite foule qui assiste au concert s’amuse, bière à la main. Il fait rire, le bouffon. Torse nu bien sec malgré la cinquantaine, maculé de feutre, sous sa veste en velours violet. Il est drôle, le bouffon. Il ressemble à une star sur le retour, intoxiquée jusqu’à l’âme. Il fait rire, le bouffon. Il ne se comporte pas comme il faut à gesticuler comme si c’était lui l’artiste, à envoyer des baisers à la jeune et jolie chanteuse qui essaie d’oublier ce fan grotesque. Il est si drôle, le bouffon, que la foule joue avec lui. On lui fait signer des autographes, on l’incite à enlever d’autres vêtements. Le peuple aime toujours s’amuser de son bouffon. Mais lorsque la lumière qu’il a volée s’échappe, le bouffon n’a plus ni rire, ni moquerie, ni même cruauté pour s’habiller. Il est seul. Nu et seul.

 

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