les minuscules

 

Le camion

 

Les toutes jeunes filles qui accentuent une taille naissante d’un t-shirt coupé trop court, les femmes d’affaires et leur tailleur sombre, les sportives en baskets, les rondes et leurs fesses qui dépassent du minishort, les maigres qui mettent des chaussettes dans leur soutien-gorge, les mamans qui courent au jardin d’enfants, les élégantes des quartiers chics, les pauvresses en leggings troués, les touristes et leur gros sac à dos, les révoltées couvertes de tatouages, les étudiantes qui se protègent de leurs livres, les médecins encore en blouse blanche, les petites et leurs énormes talons compensés, les chômeuses qui marchent sans but, les enseignantes qui font la grève, les bourgeoises et leur foulard de soie. Il y a tant de femmes à Buenos Aires. Tant de paroles, de petits bruits, de regards explicites à leur adresser pour leur rappeler la présence du mâle. Beaucoup trop de travail. Alors, il a installé un deuxième klaxon dans son gros camion. Plus besoin d’ouvrir la fenêtre, de gueuler, d’attirer l’attention. Il n’a plus qu’à appuyer sur son deuxième klaxon, celui qui siffle les femmes à sa place.

 

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