les minuscules

 

Le cinéma

 

Je m’installe dans la queue, encore quelques minute à attendre. On me demande si j’attends bien pour le film avec Depardieu. Oui, j’attends bien pour ça. On m’explique qu’on a étudié le français, il y a longtemps dans une autre vie alors on vient toujours dans ce cinéma pour se souvenir. On vient surtout le mercredi parce que c’est seulement quarante pesos. Oui, moi aussi, je viens le mercredi. On me serre le bras. La salle s’ouvre, les précédents spectateurs sortent. En tête, un jeune homme en grand manteau. Un costume sombre et une grosse mallette. Les bureaux ne laisseront sortir leur flot de cravates que dans une heure ou deux, c’est trop tôt. Une réunion difficile ? Un congé impromptu ? À ma droite, on se dispute pour savoir qui d’Isabelle Huppert ou de Catherine Deneuve fêtera ses huitante ans. Et à ma gauche, le jeune homme réapparait avec un nouveau ticket en main. Il est déjà temps d’entrer s’asseoir, il n’y a pas de publicité, la jeune Isabelle Huppert s’anime sur l’écran. Deux rangs plus loin, au milieu des grands-mères francophiles et des étudiants, je vois la nuque du jeune homme au costume sombre. Ses cheveux parfaitement rasés, son col amidonné. Une mère, un amour ? Qui le croit au bureau alors qu’il s’abrutit de films français à quarante pesos ?

 

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