les minuscules

 

Le corps

 

Les matins de semaine, les jeunes femmes se font rares à la salle de sport. Les retraitées sont bien plus nombreuses à se doucher dans le vestiaire. Elles se connaissent, échangent quelques mots sur les petits-enfants, les maris, les amoureux, les rhumatismes et me saluent gentiment. Elles passent savon et crème directement sur la peau, les femmes de tous âges et de toutes morphologies sont nues dans ce vestiaire bienveillant. Sauf une. Une nouvelle, une jeune femme, une jeune fille, vingt, peut-être vingt-deux ans. Elle enlève ses vêtements de sport aux toilettes et en ressort en maillot de bain. Elle scrute ses fesses dans le miroir, hautes, rebondies, lisses. Elle inspecte ses cuisses, fuselées et sans cellulite, juge son ventre, ses seins rebondis et fermes. Son corps est sans aucun doute le plus beau du vestiaire. La jeunesse, de bons gènes, un entrainement sévère et une alimentation contrôlée lui permettent de pourchasser les critères de beauté de notre temps. Mais d’elle, ne se dégagent ni grâce ni sensualité. Parce que ce corps, pourtant si précieux, elle le hait.

 

<

<