les minuscules

 

Le cycliste

 

19h. Il fait chaud, le soleil dore encore la peau. Vite. Il lui reste un peu de temps. D’abord la veste, roulée en boule. Puis la cravate, enfin desserrée. Et on retrousse les pantalons. Les chaussettes et les poils noirs apparaissent, il ne se préoccupe pas de savoir si sa manager – dont il rêve et cauchemarde tout à la fois ¬– le regarde. Non. Pas le temps pour le calcul, l’image. Il enfourche l’un des vieux vélos mis à disposition par l’entreprise  – le tram, c’est trop long – et il fonce. L’air s’engouffre dans sa chemise sur mesure, le tissu se libère et laisse la peau nue. Il passe en coup de vent devant moi. Il sourit avec les yeux, avec les dents, avec tout. Il fonce. Il fonce vers le lac. Il fonce vers l’eau fraiche qui lèche les pieds. Il fonce vers la vue qui caresse le regard. Il fonce vers l’odeur qui nettoie le nez. Il fonce. Il fonce vers un moment où porter une cravate serait enfin ridicule.

 

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