les minuscules

 

Le fado

 

Ses cheveux courts sont bien nets. La coiffeuse du village les teint et les coupe toutes les six semaines. Le t-shirt et son inscription en strass s’ajustent à sa silhouette compacte. Un double nœud maintient le tablier à sa place. Pas de pli, pas de tache. Jamais. Elle se faufile entre les tables. Petits pas pressés. Elle tourne sur elle-même. Toujours bien haut le plateau. Elle sert vite, elle sert bien. Les entrées, les plats, les desserts. Le vin, les minérales, les cafés. C’est l’heure du digestif. Le patron l’annonce, déjà ému. Elle gonfle sa poitrine d’air et de fierté. Et elle chante. Mélancolie, chagrin, exil. L’amour perdu, l’amour déçu. Les rives du Léman déménagent au Portugal. Les clients applaudissent. Elle salue et précise à ceux qui la félicitent qu’elle était professionnelle, avant, là-bas. Elle débarrasse les cafés, laisse la bouteille de digestif sur la table des habitués et nous abandonne à une douce saudade.

 

 

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