les minuscules

 

Le fantasme

 

Une grosse jupe en velours côtelé. Un pull mauve, une jaquette indéfinissable, des chaussures qui ressemblent à des sacs. Trop grand, mal assorti, laid. Cheveux mal lavés et lunettes sales. Assise sur un banc, elle avale un sandwich dont les miettes terminent le tableau désolant du désamour qu’elle porte à son apparence. De l’autre main, elle tient un livre. Elle lit, finalement, les apparences ne sont rien d’autre que des apparences. Mais c’est Fifty Shades of Grey que cette femme qui a renoncé à toute séduction dévore comme son sandwich. Le grand succès érotico-romantique captive la lectrice, son regard se fond dans les pages qu’elles tournent avidement. Renoncer à son propre corps, à son propre pouvoir de séduction, mais caresser le papier, ouvrir une fenêtre sur l’imaginaire, le fantasme. Ouvrir un livre.

 

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