les minuscules

 

Le grand-père

 

Il se traîne, s’appuie sur le caddy. Il est gros maintenant et ses genoux le font souffrir. Le petit-fils est dans les bras de la grand-mère. Elle ne laisse jamais le petit trop près de lui, elle dit qu’il sent le vin. Il sait que c’est vrai, il sent le vin, mais quand même, c’est pas une raison. Il évite son reflet dans les vitrines du centre commercial. Il ne veut pas voir son gros pif, son training défait et ses cheveux un peu gras. Il ne voulait pas venir. Il préfère rester à la maison, la télé, le canapé, le vin. Mais elle avait insisté, les meilleures boutiques sont au centre commercial, et pour y aller, au centre commercial, il faut conduire. Elle décide de tout depuis quarante ans, mais la voiture, ça non. C’est le rôle de l’homme, la voiture. Le dernier qu’il lui reste. Elle se trémousse, un pied, puis l’autre. Elle a besoin de pisser, on ne peut plus rien se cacher après quarante ans de vie commune. Il s’assied, elle ne se retiendra plus longtemps. Elle aimerait prendre le petit avec elle, mais doit se résigner. On ne tient pas un bébé dans ses bras quand on pisse. Elle laisse le petit-fils dans le panier du caddy et se précipite aux toilettes. Il s’approche du gamin, passe ses grosses mains autour du petit corps. Il le tapote d’abord, puis les doigts jouent sur le ventre et glissent vers le bouryon. Il le taquine, le chatouille. Il sursaute. L’enfant rit, fort, très fort. Des mains sur le pif, des sourires sur la bouche. Une rencontre, juste le temps d’une pause pipi.

 

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