les minuscules

 

Le matin

 

Il est tôt. Le grand magasin n’est pas encore ouvert, les autres non plus d’ailleurs. Il n’y a guère que quelques cafés pour déjà accueillir l’insomniaque et le lève-tôt. La ville flotte dans le brouillard. Il fait encore nuit. Le tram porte le petit matin. Les passagers sentent le parfum, le dentifrice, le cappuccino à l’emporter. Ils dorment, dodelinent de la tête, regardent le noir par la vitre. Quelques courageux lisent, histoire de rester dans les rêves, encore un peu, un tout petit peu. Le tram est calme. Il y a de la place. Pas de conversation, de musique forte, de téléphone. Il est tôt. Trop tôt. Tous les passagers se rendent au travail, mais personne ne répond à ses e-mails, ne relit un dossier, ne peaufine un projet. Aucun n’est vraiment là. Les traces du lit se voient encore sur les visages, se sentent dans les gestes lents, les paupières qui tombent. Il est tôt, trop tôt. Je nous regarde dans ce tram et j’ai pitié de nous. Petits travailleurs agressés dès le petit matin. Puis, à Bel-Air, le soleil se lève sur le lac et glisse sur le Rhône. Le privilège, le bonheur qui relativise presque tout. Bien meilleur que le meilleur des cafés.

 

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