les minuscules

 

Le miroir

 

Les portes claquent, les parfums d’after-shave, de café et de premières cigarettes se mélangent. L’immeuble s’agite, il est 7h30. Les talons, les poussettes, les vélos se croisent. Grand bal du hall d’entrée, un matin de semaine. Pas de course, les petits trébuchent, les tailleurs bien serrés se pressent et même la nonchalance des collégiens est mise à mal. Le matin n’attend pas, il faut partir, vite. On ne se jette qu’un bref coup d’œil dans le grand miroir du hall d’entrée. Sauf le voisin du cinquième. Le voisin du cinquième reste planté là, devant le grand miroir du hall d’entrée. Pourtant la cravate est bien en place, le costume n’est pas froissé, les chaussures brillent. C’est dans les yeux qu’il se fixe. Il se chuchote des choses. Il se chuchote la compétition, le bonus de fin d’année, le stress et les stagiaires toujours plus doués. Il souffle à peine les mots. Des mots qu’il ne veut pas que sa famille entende. Il se dit ces choses pendant cinq minutes, tous les matins, devant le grand miroir du hall d’entrée.

 

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