les minuscules

 

Le nouvel an

 

On vend des brochettes, des dim sum, on lit l’avenir dans les mains, on masse selon les méridiens, et puis des bières fraîches, des figurines en plastique. Barrio chino, jour de Nouvel An chinois. On fait du commerce, on surveille les voleurs du haut de petites échelles, on compte les pesos. La nuit tombe, les festivités vont se terminer et le dj arrive. Au milieu de la rue, il est neuf heures, théoriquement bien trop tôt pour danser à l’heure de Buenos Aires. La faune se rassemble, les tatoués, les bourrés, les japonisants, les vieux beaux, les enfants, quelques jeunes Taïwanais finalement libérés du business familial. La faune se rassemble et se masse autour des faibles, des drôles. Un toxicomane qui danse comme une marionnette folle, on rit de lui, on s’amuse de ne pas être lui. Un vieux Chinois dépenaillé qui s’agite vaguement sur la musique, on se selfise, on l’applaudit comme s’il était une attraction. La faune boit de la bière, sautille sur une musique de club, commence à se regarder à la recherche du partenaire sexuel. Puis la musique s’arrête. Il est dix heures. La faune se disperse, se défait comme elle s’est faite, individu par individu.

 

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