les minuscules

 

Le peso

 

À peine la portière de la voiture ouverte, qu’elles sont déjà là à tenter de nous vendre des babioles. Viennent ensuite les fillettes et les vieilles qui se contentent bien vite de mendier, cinco pesos, señorita, un peso señora. 25, 5 centimes de francs suisses. La gêne, la honte de donner une pièce misérable à une enfant de cinq ans. L’église, merveilleuse, païenne, folle, secoue les rôles. Les touristes regardent, intrigués, respectueux pendant que les fidèles offrent à leurs saintes idoles des milliers de bougies, du coca, du whisky, du poulet. Les photos sont interdites, comme un soulagement, il reste du sacré, du vrai, de la dignité à San Juan Chamula. À peine le temps de se réhabituer à la vive lumière du dehors, qu’elles sont à nouveau là, les femmes, les vieilles, les petites, la main ouverte, les mots suppliants. Les hommes sont invisibles, les jeunes cuvent leur tequila ou regardent passer les riches, les yeux pleins d’ennui. Un village touristique du Chiapas. Une région autonomiste, indomptable depuis l’arrivée des Espagnols. Une région où l’on parle sa langue millénaire, où l’on porte ses vêtements traditionnels. Une région magnifique. Une région fière. Et pourtant les fillettes y quémandent un peso.

 

 

 

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