les minuscules

 

Le printemps

 

Il fait frais, mais le soleil réchauffe déjà les paupières. Elle a hésité, puis elle a choisi son trench-coat cintré. Rendez-vous importants, il lui faut une tenue adéquate. Sa taille s’est un peu épaissie ces dernières années, les hormones ne connaissent pas la pitié, mais une ceinture bien positionnée lui donne encore de l’allure. Tout comme ses escarpins bordeaux. Et ses cheveux souples qui rebondissent sur ses épaules. Malgré la fatigue qui apparaît toujours un peu plus vite, les petites douleurs qui la font grimacer toujours un peu plus longtemps et les rides qui creusent toujours plus profondément sa peau, elle avance. Elle avance vers son après-midi, vers ses dernières années de bureau, vers cette retraite qu’elle attend tout autant qu’elle redoute. Ses talons claquent. Et attirent le regard d’un homme. Costume élégant et sur mesure. Il fume une cigarette. Le petit ventre est ainsi caché par l’habileté du tailleur. L’homme répond au téléphone, donne des ordres brefs. Il a de l’expérience, n’a plus besoin de crier pour se faire entendre. Tout est plus facile à présent qu’il a de l’expérience. Il a même appris à regarder les femmes avec élégance. Il admire la silhouette au trench-coat et la suit des yeux. Lorsque je la croise, elle me sourit le rose aux joues.

Le printemps revient chaque année.

 

<

>