les minuscules

 

Le café

 

Il s’assied. On le regarde un peu puis on l’oublie. Le journal, le téléphone, les affaires, tant de choses sont plus importantes qu’une petite anomalie dans le décor. Salopette blanche, taches de peinture et grosses chaussures de travail. Il est conscient de jurer au milieu des costumes trois-pièces et des montres en or. Il ne s’en soucie pas, il n’a pas honte d’être carreleur. Pas même ici. Ses collègues, eux, n’oseraient pas. Ils se moquent de lui lorsqu’il les invite à le suivre, ils se moquent de ce couillon qui paie son café au prix fort. Il n’est pas dupe, il sait que ce n’est pas le prix du café qui les arrête. Il regrette un peu pour eux, mais apprécie d’être seul. Seul pour déguster son espresso et surtout le petit biscuit au beurre que la serveuse met toujours avec. Il ferme les yeux, laisse fondre le sablé sur sa langue. Il savoure le tout jusqu’à la dernière miette, exactement comme le pâtissier qui a mitonné cette merveille l’aurait souhaité. Sa pause se termine, la luxueuse parenthèse se referme. Il paie son café hors de prix et s’en va carreler les villas de ces Messieurs Dames.

 

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