les minuscules

les ongles
 
Adolescents bardés de marque et vieilles dames couvertes de bijoux. Le bus traverse ces quelques rues de Genève dans lesquelles toute personne en âge de conduire possède une immense voiture intérieur cuir. La jeune fille s’assied. Elle se tient droite, ses cahiers contre la poitrine, les genoux serrés. Elle porte de jolies sandales blanches qui couronnent élégamment ses jambes longilignes et bronzées. Son minishort et  sa chemisette sont également blancs. Du printemps, de la délicatesse. Elle est à peine maquillée. Elle n’en a pas besoin, ses quatorze ans et les très bons gènes de sa très jolie maman l’en préservent. Elle repousse d’une main ses longs cheveux et sourit en baissant les yeux. Isolée dans la bulle de ce quartier, elle ne réalise pas que sa beauté, ses manières, ses vêtements exhalent l’argent, le pouvoir, la supériorité sociale. Elle ne se sait pas représentante d’une race enviée et haïe par le commun des mortels. Elle n’en est que plus belle, plus parfaite. Son téléphone vibre. Elle glisse nerveusement ses doigts sur l’écran et les cache aussitôt. Sa peau est rose, croûtée. Elle n’a plus d’ongle. Ils sont rongés jusqu’au sang. Elle m’apparaît enfin telle qu’elle est : une adolescente. Fragile.

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