les minuscules

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les rapaces
 
Tout d’abord, il avait regretté de ne pas avoir amené Amanda, ou Sandra, ou Nicole. Tout ses copains étaient venus avec une femme. Mais il avait voulu passer un bon week-end, éviter les scènes avec Cassandra, sa fille. Bien lui en a pris, il y a plusieurs jeunes femmes seules et très peu d’hommes non-accompagnés, et parmi eux, il est non seulement le plus en forme, mais également le mieux habillé. Il a remarqué qu’un beau costume de marque, porté par un homme mûr et svelte, faisait un effet improbable auprès des femmes de tous âges. Il préfère les jeunes trentenaires, mais à l’occasion, une quarantenaire bien entretenue peut lui convenir. Comme la grande brune qui rit à gorge déployée de l’autre côté du bar. Mince, tonique, bronzée, elle porte une petite robe noire en dentelle, des escarpins vernis assortis à un flamboyant rouge à lèvres. Divorcée, cadre supérieure, héritière ? Il doit en savoir plus avant de se lancer. Il cherche des yeux la maîtresse de maison, lorsqu’il aperçoit sa fille sur la piste. Elle est adorable dans sa petite robe crème. Elle a enlevé ses chaussures à talons pour danser plus librement, ses cheveux lisses volettent autour d’elle. Et soudain, il les voit. Les rapaces, autour de son bébé. Ses copains, à lui, tournoient autour d’elle, lui apportent du champagne, tentent de l’entraîner dans un coin plus tranquille. Il a envie de crier, de frapper. Puis, les chiffres bourdonnent dans sa tête, collent ses semelles hors de prix au parquet. Cassandra a vingt-trois ans. À peine cinq ans de moins qu’Amanda, ou Sandra, ou Nicole.
 

 

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